dimanche, 20 septembre 2020|

0 visiteurs en ce moment

 

Catastrophes au Japon : saurons-nous en tirer les leçons ?

Les images véhiculées par les médias parlaient d’elles-mêmes et elles valaient assurément mieux que de longs discours : 25 ans après Tchernobyl, le Japon, pays développé et puissance industrielle de premier plan, a connu l’une des pires catastrophes de l’histoire de l’humanité : un séisme de puissance 8,9 ayant entraîné un tsunami exceptionnellement violent et ravageur et qui a débouché sur une catastrophe nucléaire dont les conséquences dramatiques sont encore incertaines et le resteront encore pendant de nombreux mois. Comme toujours en pareille circonstance – à croire que le précédent de Tchernobyl n’avait servi à rien ! – exploitant et autorités qui classèrent de manière inconcevable l’événement au degré 4 de l’échelle INES, soit « un accident n’entraînant pas de risque important à l’extérieur du site ! » se sont efforcés de nier le danger. On connaît la suite. Incendies et explosions en séries selon le mode des effets domino, rejets radioactifs difficilement évalués sur terre et sur mer, appel à des moyens de fortune actionnés par une nouvelle génération de « liquidateurs » se sacrifiant pour tenter d’enrayer le pire et de protéger leurs compatriotes, exodes organisés ou improvisés ayant touché jusqu’aux habitants de la capitale pourtant située à 250 km des réacteurs défaillants, razzia sur l’essence, les denrées alimentaires dont rien ne dit qu’elles n’aient pas été rapidement contaminées. Bien sûr une question brûle les lèvres : un pays moderne, démocratique qui n’était pas sans connaître le risque sismique exceptionnel lié à sa position géographique et à son histoire avait-il le droit de se lancer dans une telle aventure technologique, exposant sa population à des risques exceptionnels, une épreuve dont les effets sont incommensurables pour la génération actuelle et sans doute pour des générations futures ? Même si le contexte sismique est différent, cette question se doit aussi d’être posée en France, tout particulièrement dans notre région littorale dotée, comme à Fukushima, d’une centrale nucléaire à six réacteurs moxés, construite sur la frange maritime du “plat pays” richement nantie de sites Seveso seuil haut et où le spectre d’une fusion du coeur d’un réacteur provoquant un effet domino ne saurait être arbitrairement éludé. Catastrophe d’origine naturelle, défaillance humaine, terrorisme pourraient en être l’origine.

Bref rappel de quelques données de base

Une centrale nucléaire utilise la fission d’atomes d’uranium sans ou avec plutonium (on parle alors de mox) afin de dégager une énorme énergie sous forme de chaleur, dont une partie est transformée en électricité. Cette réaction s’effectue au sein de réacteurs dont actuellement la puissance varie de 40 mégawatts (MW) à 1450. Des barres de contrôle plongées au coeur du réacteur évitent que la réaction s’emballe. Chaque “tranche” d’une centrale comprend un bâtiment réacteur doté d’une enceinte étanche contenant 3 ou 4 générateurs de vapeur, un pressuriseur, une partie du circuit d’eau secondaire et le circuit primaire qui fournit la source chaude à la température moyenne de 306 °. Elle comporte également une salle des machines avec turbine à vapeur, alternateur et condenseur, des bâtiments annexes et une station de pompage assurant dans le cas de Gravelines le prélèvement de l’eau de mer fournissant la source froide qui refroidit le réacteur. La perte du refroidissement provoque à terme la fusion du coeur, la hantise des opérateurs comme on l’a vu au Japon. Il existe différents types de centrales. L’essentiel du parc actuel est constitué de réacteurs à eau pressurisée (PWR) sous licence américaine. C’est le cas de la France. Au Japon, la centrale de Fukushima est constituée de réacteurs à eau bouillante (BWR), assez semblables aux PWR. On dénombre en France 19 centrales regroupant 58 réacteurs et au Japon 18 centrales avec 55 réacteurs. C’est dire que les deux pays sont très impliqués dans la filière nucléaire. Cette technologie assure 80 % de la production d’énergie électrique française. C’est le record mondial ! En dehors des incidents ou accidents pouvant survenir dans le fonctionnement des centrales, n’est pas résolue pour le moment la question de la gestion des déchets nucléaires, dont certains, les plus nocifs, ont des durées de vie de l’ordre de milliers d’années, voire davantage. En France également, on n’a pas encore trouvé de solution satisfaisante, y compris sur le plan financier, pour démanteler les centrales en arrêt définitif d’exploitation. C’est un “héritage” qu’auront à gérer nos descendants. Ils s’en passeraient volontiers !

Des atteintes redoutables à la santé

Au nombre des images fortes que l’on retiendra du grave accident survenu au Japon, ce sont celles d’une population déambulant en portant un masque sur la bouche. Protection dérisoire ? Vraisemblablement pour les “liquidateurs” et les habitants ayant la malchance d’avoir un toit à 2, 10, 30 kilomètres, voire davantage de Fukushima. En bref, l’on rappellera que les éléments radioactifs produisent trois types de rayonnements : les rayons alpha que l’on arrête facilement, mais qui, s’ils ne sont pas bloqués, génèrent de gros dégâts sur les personnes ; béta, plus légers et donc moins dangereux ; enfin gamma qui, eux, ont un pouvoir de pénétration très important, mais qui sont proportionnellement moins toxiques. Les doses reçues s’expriment en milliSieverts (mSv) et il est dit que la limite annuelle de dose admissible pour le public est de 1 mSv et de 20 pour les travailleurs les plus exposés, ceux du nucléaire bien sûr. Or, quand bien même les autorités japonaises ont été avares d’informations sur le sujet (en pareil cas les Français auraient-ils été plus transparents ?), l’on sait que, suite à l’explosion survenue sur le réacteur n°2 le 14 mars, les niveaux d’exposition ont atteint entre 30 et 400 mSv/heure ! La population précitée a donc reçu de très fortes doses d’irradiation, provoquant fatalement une destruction massive des cellules. D’où des atteintes graves en prévision par exemple à la moelle osseuse, la muqueuse intestinale, la peau… Et donc des risques de décès rapides ou différés par cancers. C’est ce qui est advenu aux “liquidateurs” du réacteur explosé de Tchernobyl, même si là encore les autorités internationales ont largement minimisé le nombre de victimes (on approcherait le million). Mais les individus peuvent aussi être contaminés, par voie alimentaire par exemple, par des radioéléments se présentant sous forme d’aérosols. Tout le monde a entendu parler de l’iode 131, dont on peut prémunir la thyroïde en absorbant préventivement des comprimés d’iode stable. Mais il n’y a pas de parade par contre en cas de diffusion intempestive du strontium 90 qui se fixe sur les os, de plutonium 239 sur les poumons, ou encore de tritium qui “s’intéresse” à l’ensemble de l’organisme au risque de générer des leucémies. On comprend pourquoi la population japonaise est très inquiète quant à la qualité préservée des légumes récoltés dans les secteurs où des radionucléides échappés des réacteurs sont retombés. Et qu’ailleurs on surveille de près les évolutions des nuages radioactifs dont on sait maintenant qu’ils ne s’arrêtent pas aux frontières… J.S.

 
A propos de adelfa.org
Ce site web est édité par l’Assemblée de Défense de l’Environnement du Littoral Flandres Artois, représenté par son Président, Nicolas Fournier. ADELFA Maison de l’environnement - 59240 Dunkerque Ce document est diffusé selon les termes de la license BY-NC-ND du Creative Commons. Vous êtes libres de (...)
En savoir plus »