mercredi, 12 décembre 2018|

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POLIMERI à deux doigts de la catastrophe

Avec ses 13 entreprises Seveso seuil haut (bientôt 14 ?), sa centrale nucléaire la plus puissante d’Europe, le littoral dunkerquois constitue un des sites où les risques technologiques au quotidien sont parmi les plus importants de l’hexagone. À nos décideurs qui professent des doutes à ce propos, l’accident survenu le vendredi 21 octobre dernier chez Polimeri Europa en apporte la pleine confirmation.

Cette entreprise avait déjà voici peu défrayé la chronique. Implantée à la fin des années 70 non loin de Mardyck, l’ex-Copenor offre la particularité d’occuper deux sites voisins, l’un dédié à la production de polyéthylène, un dérivé du pétrole dont on fait du plastique, et l’autre à une zone de stockage, voisine de celle de Total. On y trouve donc en quantités non négligeables des produits dangereux : des hydrocarbures liquides, éthylène, propylène, benzène, butadiène, etc., bref de quoi constituer un cocktail détonant susceptible de faire du dégât.

Or le 21 octobre, la double explosion survenue chez Polimeri n’a pas eu pour origine l’un de ces fluides, mais une canalisation véhiculant notamment des solvants (COV) vers une chaudière où ces derniers sont brûlés. Par chance, ce qui aurait pu engendrer une catastrophe s’est soldé fort heureusement par des dégâts matériels, trois salariés ayant subi des dommages auditifs du fait de la violence de la déflagration entendue à des kilomètres à la ronde et trois autres ayant subi des malaises provoqués, semble-t-il, par le stress.

Si les services de secours internes ont bien réagi en jugulant l’incendie qui s’était déclaré après la double explosion, si le personnel a pu mettre rapidement en sécurité l’unité de vapocraquage au prix d’un spectaculaire “torchage”, il n’en demeure pas moins que cet accident interpelle avec force à nouveau les pouvoirs publics et les instances politiques et économiques.

La zone où il s’est produit est en effet “truffée” d’installations susceptibles de colporter d’éventuels incendies et explosions à leurs proches voisins (l’effet domino) : outre les deux Polimeri et Total, l’on y trouve en effet Polychim et le gazoduc amenant le gaz venu par pipe-line de Norvège jusqu’à la station de compression Gasco sise au sud de Mardyck, sans oublier les Transports de Matières Dangereuses (TMD) sillonnant le secteur. Une étude menée par la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) dans le cadre de l’élaboration du PPRT de la zone industrialo-portuaire, ne révèle-t-elle pas que “environ” 845 phénomènes dangereux sortant des limites de Polimeri (site des Dunes) et 575 pour le site du Fortelet ont été recensés et actés !

On comprend que dans ces conditions, l’accident survenu chez Polimeri donne à nouveau raison à ceux qui, avec l’ADELFA, estiment qu’il arrive un moment où il est des plus hasardeux de poursuivre et conforter une politique industrielle qui aboutit à toujours ajouter du risque au risque. Et c’est bien le cas avec ce projet saugrenu consistant à installer un second gazoduc issu du terminal méthanier du Clipon le long de Polychim, Polimeri (site des Dunes) et la façade est du village de Mardyck. On l’a vu au Japon : il arrive un moment où une gestion calamiteuse d’espaces où l’on travaille et l’on vit porte la marque de l’irresponsabilité.

 
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