mercredi, 12 décembre 2018|

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Gravelines : une visite décennale qui joue les prolongations

Les six réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines s’acheminent vers les trente ans d’existence, voire ont déjà dépassé ce cap. Trente ans, nous direz-vous, c’est le bel âge pour une installation industrielle. Eh bien non, pas si sûr que cela ainsi qu’en témoignent les prolongations jouées par le réacteur n°1 qui n’a repris du service que le 23 mars dernier.

Alors qu’elle était prévue initialement pour une durée de cent jours, soit du 29 juillet à fin octobre 2011, la visite décennale n°3 du premier réacteur a duré en fait 233 jours, soit près de huit mois, peut-être un record (particulièrement onéreux) en la matière. La faute à qui ? À une microfissure de 40 sur 10,6 mm découverte courant octobre sur une pénétration de fond de cuve (PFC). Pour les non-initiés : une PFC est un conduit qui pénètre dans la partie inférieure de la cuve des réacteurs, permettant le passage d’une sonde mesurant par exemple le flux de neutrons ou encore la puissance thermique dans l’un ou l’autre secteur de la cuve. Elle débouche donc en milieu primaire “hostile” et est susceptible d’être affectée par une corrosion sous contrainte. Ce qui semble avoir été le cas et porterait la marque d’un vieillissement prématuré de cet équipement. Un tel “défaut” en tout cas n’avait jamais été détecté en France, seulement à deux reprises aux États-Unis. Quand l’affaire fut connue, la réaction en CLI du directeur de la centrale fut d’expliquer que ce n’était pas bien grave, que le défaut serait rapidement corrigé. Bref, circulez, il n’y a rien à voir…

Tel ne fut pas l’avis du représentant de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) qui, considérant d’une part que les PFC constituent des éléments essentiels pour contrôler le bon fonctionnement du réacteur, que d’autre part, en cas d’évolution de la microfissure, on risquait au pire une brèche primaire aux effets catastrophiques, l’ASN donc annonça que le réacteur 1 ne redémarrerait pas aussi longtemps que le problème ne serait pas résolu. Cinq mois s’écoulèrent avec une visite exploratoire de techniciens français aux États-Unis, la mise au point d’un robot pour au final déboucher sur une solution transitoire : la mise en place d’un bouchon sur la pénétration défaillante, doublée d’un contrôle en continu de la fissure.

On en est là : l’ASN a permis au réacteur 1 de reprendre du service, mais n’a pas donné son feu vert, contrairement à ce qu’a énoncé la presse, à une poursuite d’exploitation de ce réacteur pendant dix ans ! Celle-ci est subordonnée à une réparation en bonne et due forme de cette PFC à problèmes dans les six mois.

 
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